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Publié par Cécile WondersWhy

Etre vendeuse dans une chocolaterie pendant les fêtes.

Et bien, c’est la folie, c’est marrant, stressant, intéressant (forcément). Quand j’ai annoncé mon nouveau petit job à mes amis, j’ai senti une certaine excitation.

Oui, les chocolats étaient super bons. Oui, j’en ai eu une petite barquette gratuite pour Noël. Oui, j’en ai mangés pas mal (en douce quand même). Mais là n’est pas le propos.

Ce à quoi vous ne pensez pas.

Avant d’être vendeuse, on m’a fait faire la composition des fameux ballottins, coffrets qui sont déjà tous préparés quand vous les achetez. Et là, j’ai compris que quand tu te goinfres sans réfléchir de chocolat, tu ne penses pas à celui qui les prépare. Car cela consiste à :

- déplier les boîtes et à les monter.

- se mettre bien 3 rangées de 10 devant soi.

- aller chercher toutes les boîtes de chocolat par catégorie.

- les placer selon le modèle, que ça rentre sans faire de rayures (x30).

- emballer les chocolats avec du beau papier brillant puis les placer à leur tour.

- peser les ballottins finis pour qu’ils fassent tous le même poids (auquel cas, rajouter une orangette ou deux pour atteindre le poids).

- essuyer avec un sopalin humide toutes les traces de nos doigts sur chaque boîte.

- les ranger.

Ca paraît peut-être rien comme ça, mais ça prend facile 2 heures pour 30 boîtes, selon le volume. Et surtout qu’après les 30, on refait une série et ainsi de suite pendant 10 heures toute la journée, et surtout DEBOUT. Apparemment, il y a une technique pour ne pas avoir mal au dos, que je n’ai jamais trouvée.

Après quelques jours, j’ai servi les clients, fait les ballottins sur mesure. Et surtout… fait les emballages et déco. Donc, j’ai tout appris sur la façon dont nouer les rubans, faire un sur-nœud, choisir les bons ciseaux pour quel type de ruban, les tactiques pour que le ruban tienne et serre bien la boîte, les nœuds en carré, en biais etc. J’ai découvert comment faire des paquets cadeaux sans utiliser de scotch, et l’appareil qui effile le ruban pour en faire des jolis minuscules… Bref, je suis devenue une pro de la déco de ballottins et coffrets.

Le top anecdotes des clients.

Pour information, 70% de la clientèle devait avoir plus de 60 ans. J’en ai vu beaucoup s’agglutiner dans le magasin (vous pensez bien en période de Noël, c’était le rush absolu), et franchement, certains m’ont bien fait rire (gentiment hein).

”Bonjour, alors je voudrais un assortiment, sans pralinés, sans pâte d’amande, sans alcool. Et pas trop de chocolats compliqués. Ah oui et aussi, c’est quelqu’un qui n’a plus de dents, donc pas de fruits secs. »

Ensuite il y a les petits vieux qui veulent choisir au fur et à mesure dans la vitrine. Qui vous montrent du doigt ceux qu’ils veulent. Et qui vous disent « Ah mais non à côté. Non en haut. Mais non enfin à côté làààààà ». «Mais je ne vois pas votre main monsieur ! »

« Bon alors celui là, c’est à quoi avec les petits trucs verts ?». « A la menthe ». « Ah bien, mettez-moi en 4… Et ceux-là c’est à quoi ??? Ah non j’aime pas ». « Et ceux là c’est à quoi ?? Ah oui c’est bon ça. Vous pensez qu’elle aimera ??? ». « Euuh, je ne sais pas monsieur, ça dépend des gens, mais la plupart aiment ». « Et ceux là ??? » (…)

Les gens indécis. Un plaisir. « Bon alors j’aurais besoin de conseils. Je ne sais pas ce qu’ils veulent. J’en ai un de 28 ans, une de 34 ans, et des enfants de 14, 10 et 8 ans ». « Alors on propose ces coffrets blablabla ». « Ah oui c’est pas mal (…) Enfin, je n’sais pas. (…). Vous en pensez quoi vous ?? Vous aimez ça vous ?? (…) Ah oui vous pensez ?? ».

L’équipe et le management

Quand j’ai commencé à travailler là-bas, j’ai d’abord trouvé que c’était assez silencieux, personne ne se parlait vraiment. Mais quand j’avais besoin d’aide, tout le monde était adorable, bienveillant, rassurant, patient… Et c’était le cas pour absolument tout le monde. C’est quand même surprenant de faire un 100% de gens sympas non ? Bon, j’ai de la chance.

Puis, j’ai travaillé avec mon patron constamment à côté.

Et là, j’ai compris.

Car pour travailler avec quelqu’un comme ça, il faut faire partie des personnes les plus patientes et gentilles du monde. Ce n’est pas possible autrement. Je ne ferai pas un tableau psychologique sur lui car ce n’est pas le propos, je dirais juste que c’est une personne qui a du mal à gérer la patience avec son équipe, et qui du coup est très strict.

Bien sûr, je me suis demandée, mais… pourquoi ?

Je ne vous raconterai pas les traumatismes de son enfance (je ne les connais pas, je sais, c’est dommage).

Mais j’ai cherché à comprendre comment se passait la vie des gens qui gèrent une petite entreprise, qui fait la moitié de son chiffre d’affaires pendant les fêtes, c’est-à-dire au moment précis où j’y travaillais.

Qui travaille là-dedans depuis des dizaines d’années, qui « vit » chocolat ! On est en droit de penser quand même, que ça ne doit pas être évident, et même assez stressant. Sans parler de toute la gestion, des fournisseurs etc. Oui, j’imagine que la famille et le patron actuel (le fils qui a repris l’affaire des parents) ont dû avoir des nuits blanches, à angoisser sur tout ça, et on les comprend.

Après, tout ça justifie-t-il de traiter les gens comme des incapables ou des attardés ? Peut-on travailler sans retransmettre son stress sur tous ses employés ? Perd-on automatiquement presque toute humanité ?

Je pense que lorsqu’on est plongé dans une entreprise familiale depuis longtemps, on perd du recul. Et ça, on ne peut pas y faire grand-chose. Toute personne y passe. Qui dit perte de recul, dit qu’on ne se rend plus compte que les gens autour de nous peuvent avoir d’autres centres d’intérêts et une vie sociale différente, peuvent ne pas avoir du tout la même perspective, ne pas comprendre du premier coup ce qu’eux savent faire depuis des années.

Malgré tout, les gens ne réagissent pas tous pareils face à la pression. Heureusement, il y a des gens qui malgré tout, gardent une bonne part d’humanité, sont patients, ont le plaisir de transmettre, se servent des compétences des nouvelles recrues pour apporter un renouveau dans leur entreprise, savent être stricts mais aussi reconnaissants. Et ça, l’employé apprécie…

Mais parfois et comme beaucoup de choses, c’est plus facile à dire qu’à faire. On ne peut pas contrôler les gens, ni toujours se contrôler soi-même…

L’avantage de travailler avec des patrons stressants.

Et bien, la psychologie sociale et même notre ami Freud nous a enseigné que parmi les raisons qui font que les gens se rapprochent et deviennent solidaires, il y a le fait d’avoir un « ennemi » commun, ou du moins, quelqu’un qui nous ennuie et qu’on va critiquer ensemble. Alors, l’individu se sent compris par ses congénères, soutenu. Il ne sent plus seul face à cette injustice.

Et c’est exactement ce qui se passe dans cette chocolaterie. Les gens sont adorables, et en dehors du travail, ou quand les patrons ne sont pas là, c’est le bonheur. On critique, on rigole, on râle ensemble, on se soutient, on se donne des tuyaux, des conseils pour faire face à la situation. Et c’est un plaisir, c’en est presque émouvant. Et rien que pour ça, j’ai presque envie de lui dire merci à eux.

Voilà pourquoi, “toute expérience est bonne à prendre” !

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